Plus de 5,5 millions de fonctionnaires français attendent des nouvelles de leur pouvoir d’achat. Après plusieurs années de gel ou de revalorisations symboliques, l’État semble enfin prêt à desserrer les cordons de la bourse publique pour 2026. Les syndicats multiplient les signaux d’alarme sur l’érosion des salaires dans la fonction publique, tandis que le gouvernement jongle entre contraintes budgétaires et nécessité de maintenir l’attractivité des emplois publics.
Les premières annonces officielles ne devraient pas tarder, mais les contours de cette revalorisation restent flous. Entre augmentation du point d’indice, primes exceptionnelles et mesures ciblées par secteur, plusieurs scénarios sont sur la table. L’ampleur de l’effort budgétaire dépendra largement de l’évolution des finances publiques et des arbitrages politiques à venir.
Notre enquête fait le point sur les pistes envisagées et leurs implications concrètes pour chaque catégorie de fonctionnaires.
Restrictions budgétaires pour la fonction publique
Le gouvernement Lecornu impose un pilotage resserré de la masse salariale de l’État dans le cadre du budget 2026. Les documents budgétaires annexés au projet de loi de finances confirment l’absence de revalorisation générale des salaires dans la fonction publique. Cette politique d’austérité s’accompagne de 3 119 suppressions d’emplois, dont 558 à la Direction générale des finances publiques (DGFiP). Ces coupes s’inscrivent dans une tendance lourde : plus de 30 000 emplois supprimés ces dernières années. L’urgence sur les salaires constitue désormais la priorité du monde du travail, d’autant que la rémunération des personnels publics a chuté de 23 % en euros constants sur vingt ans.
Prévisions salariales contrastées dans le privé
Le secteur privé anticipe des hausses moyennes de 2 % en 2026, en recul par rapport aux 2,5 % accordés aux OETAM et 2,3 % aux cadres en 2025 selon Deloitte. Cette modération s’explique par une inflation prévue à 1,4 % par la Banque de France. Seuls 40 % des entreprises avaient défini leur budget d’augmentations à l’été 2025. Certains secteurs se distinguent néanmoins :
- Grande consommation (luxe et spiritueux)
- Industrie automobile
- Énergie et industrie pharmaceutique
- Banques, assurances et aéronautique
Les profils en tension bénéficient d’augmentations ciblées : les ingénieurs en cybersécurité peuvent espérer jusqu’à +7 % en début de carrière, tandis que leurs homologues en électronique embarquée obtiennent entre +7 et +12 % selon l’expérience.
Mobilisation syndicale face à la dégradation
Solidaires Finances Publiques formule des exigences catégorielles face à cette situation : revalorisation immédiate de la valeur du point d’indice, mesures pour tous les agents, plan de recrutements à la DGFiP et comblement des postes vacants. Le syndicat dénonce la fragilisation des services publics et la dégradation des conditions de travail. Les alertes concernant le bien-être des agents, incluant des suicides à la DGFiP, illustrent la gravité de la crise. Parallèlement, l’égalité salariale reste un enjeu : seulement 28 % des entreprises avaient alloué un budget spécifique en 2025, avec un effort médian dérisoire de 0,2 % des salaires de base.
Quelles alternatives de carrière pour les fonctionnaires en 2026 ?
Face aux restrictions budgétaires, de nombreux agents publics explorent des stratégies de reconversion professionnelle vers le secteur privé. Les dispositifs de mobilité externe connaissent une hausse significative, particulièrement dans les métiers du numérique et de la finance où les compétences acquises dans l’administration sont valorisées. Les passerelles sectorielles se multiplient, notamment pour les contrôleurs des finances publiques vers les cabinets d’expertise-comptable et les directions financières d’entreprises.
La formation continue devient un levier stratégique pour maintenir l’attractivité des postes publics malgré la stagnation salariale. Le Compte Personnel de Formation (CPF) enregistre une progression de 15 % des demandes émanant de fonctionnaires souhaitant acquérir des compétences digitales ou managériales.
Les certifications en gestion de projet et en transformation numérique représentent 40 % des formations plébiscitées par les agents publics en 2025.
L’entrepreneuriat public se développe avec l’essor des dispositifs d’intrapreneuriat au sein des administrations. Les incubateurs publics comme beta.gouv.fr permettent aux fonctionnaires de créer des services numériques innovants tout en conservant leur statut. Cette approche offre une valorisation alternative aux agents motivés, compensant partiellement l’absence d’évolution salariale par un enrichissement des missions et une reconnaissance professionnelle accrue.
Fonction publique dans l’étau
Le gel du point d’indice s’installe dans la durée. Pour la troisième année consécutive, les salaires de la fonction publique restent figés tandis que l’inflation grignote le pouvoir d’achat des agents. Cette mesure d’austérité touche l’ensemble des fonctionnaires, de l’enseignant au policier.
Dès 2027, un fonctionnaire sur trois partant à la retraite ne sera pas remplacé
Les suppressions de postes s’accélèrent. Près de 1 700 emplois disparaîtront dans les agences de l’État, tandis que les caisses de Sécurité sociale subissent également des coupes. Cette politique du non-remplacement dessine une fonction publique allégée, où chaque départ en retraite creuse un peu plus les effectifs.
Le contraste avec le secteur privé se creuse. Les salaires privés pourraient grimper de 3,2 % en médiane selon certaines projections, creusant l’écart avec une fonction publique dont la rémunération stagne. Les agents publics, pourtant mobilisés sans compter pendant la crise sanitaire, voient leur dévouement récompensé par une reconnaissance salariale aux abonnés absents.
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